Intel aurait-il utilisé Minix 3 s’il était sous GPL ? Le créateur de Minix se dit déçu

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De ne pas avoir été informé de l’utilisation de son OS

Le 7 novembre 2017, par Michael Guilloux, Chroniqueur Actualités
Nous venons tous l’apprendre, Windows n’est pas le champion des OS de bureau, mais c’est plutôt Minix, un clone d’Unix, fondé sur un micronoyau et créé par le professeur Andrew Tanenbaum à des fins pédagogiques. Notons que c’est le même OS qui a inspiré Linus Torvalds lorsqu’il a décidé de créer un système d’exploitation qu’on appelle aujourd’hui le noyau Linux.

Comme nous l’avons récemment rapporté, les puces d’Intel embarquent une version modifiée de Minix 3 exécutée par le fameux moteur d’administration de la société. Et personne ne le savait en dehors de la firme, même pas le créateur de Minix !

Dans un billet de blog, Andrew Tanenbaum exprime donc sa déception quant à l’attitude qu’a eue le fondeur à son égard. « Merci d’avoir installé une version de MINIX 3 dans la puce du moteur d’administration ME-11 utilisée sur presque tous les ordinateurs de bureau et portables du monde », a-t-il écrit dans sa lettre ouverte adressée au PDG d’Intel, Brian Krzanich. « Je suppose que cela fait de MINIX le système d’exploitation le plus largement utilisé dans le monde, même plus que Windows, Linux ou MacOS. Et je ne le savais même pas avant d’avoir lu un article de presse à ce sujet », dit-il.

Retournant quelques années en arrière, Andrew Tanenbaum raconte qu’il se doutait qu’Intel avait un intérêt pour MINIX 3. Des ingénieurs de l’entreprise l’ont en effet contacté au sujet d’un « projet interne secret » et lui ont posé un grand nombre de questions techniques sur MINIX 3 ; des questions auxquelles il dit qu’il était heureux de répondre. Ensuite, les ingénieurs d’Intel ont commencé à lui demander d’apporter plusieurs modifications à MINIX 3, « par exemple, réduire la taille de la mémoire et ajouter des ifdefs dans certaines parties du code, afin qu’elles puissent être désactivées statiquement en définissant des drapeaux dans le fichier de configuration principal », dit-il. Pour information, un ifdef est une directive de compilation conditionnelle pour le préprocesseur qui permet de sélectionner certains bouts de code lorsque certaines conditions sont remplies.

D’après le créateur de Minix, ces modifications ont permis de réduire encore plus l’empreinte mémoire en désactivant de manière sélective un certain nombre de fonctionnalités qui ne sont pas toujours nécessaires, telles que le support de virgule flottante. Cela a également rendu le système encore plus modulaire, bien qu’il l’était déjà.

« Un autre indice [montrant qu’Intel était intéressé par l’OS] était la discussion sur la licence », poursuit-il. « J’ai (implicitement) compris que le fait que MINIX 3 utilise la licence Berkeley était très important. J’ai déjà été confronté à cette situation lorsque des entreprises m’ont dit qu’elles détestaient la GPL parce qu’elles ne voulaient pas dépenser beaucoup de temps, d’énergie et d’argent pour modifier un bout de code, et être ensuite obligées de le donner à leurs concurrents gratuitement. Ces discussions ont été la raison pour laquelle nous avons mis MINIX 3 sous licence Berkeley en 2000. »

Andrew Tanenbaum explique ensuite qu’il n’a plus eu de nouvelles des ingénieurs d’Intel après la période intense d’activités et de discussions avec ces derniers. « Il y a eu un silence radio pendant quelques années, jusqu’à ce que je lise dans les médias qu’une version modifiée de MINIX 3 fonctionnait sur la plupart des ordinateurs x86, au cœur de l’une des puces Intel », dit-il. « C’était une surprise totale. Cela ne me dérange pas, bien sûr, et je ne m’attendais à aucun type de paiement étant donné que ce n’était pas une exigence. Il n’y a même rien dans la licence qui suggère que cela serait apprécié. La seule chose qui aurait été sympa, c’est qu’une fois le projet terminé et la puce déployée, quelqu’un d’Intel me dise, par politesse, que MINIX 3 était probablement le système d’exploitation le plus répandu au monde. Sur les ordinateurs x86. Cela n’était certainement pas nécessaire, mais je pense qu’il aurait été poli de me dire un merci, juste cela. »

Une chose est sure, c’est que Intel n’a en aucun cas violé la licence de Minix ; ce que reconnait Andrew Tanenbaum. « Cette nouvelle réaffirme mon opinion selon laquelle la licence Berkeley offre le maximum de liberté aux utilisateurs potentiels. S’ils veulent faire connaître ce qu’ils ont fait, c’est bien… S’il y a de bonnes raisons de ne pas publier le code modifié, ça me convient aussi. »

Qu’en serait-il alors si Minix était sous une autre licence ? Intel l’aurait-il utilisé s’il était sous licence GPL ? « Peut-être que oui, peut-être non… », estime Andrew Tanenbaum. Mais comme l’explique également le créateur de Minix, certaines personnes ont indiqué en ligne que si son OS avait une licence GPL, Intel ne l’aurait peut-être pas utilisé, sinon ils auraient dû publier les modifications du code.

Concernant le moteur d’administration d’Intel, comme beaucoup de gens, Andrew Tanenbaum dit ne pas du tout aimer cette idée, car la considérant comme « un trou de sécurité potentiel et une idée dangereuse en premier lieu ». Mais, il estime que c’est la décision commerciale d’Intel et une question distincte de celle relative au code qu’il exécute.

Source : Lettre ouverte d’Andrew Tanenbaum

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