Credit Suisse au Mozambique: une nouvelle pièce au dossier

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Photo Enrique Mendizabal

Photo Enrique Mendizabal (licence CC)Maputo

En décembre 2016, Domaine Public a publié la lettre ouverte adressée par le forum Contrepoint à la direction de Credit Suisse au sujet d’un scandale financier au Mozambique dans lequel la banque suisse aurait été impliquée (DP 2145).

Les nombreuses questions de Contrepoint sont restées sans réponse. En mai 2017, nous avons relayé l’intervention du représentant d’Actares sur le même sujet lors de l’assemblée générale de Credit Suisse (DP 2164).

Là également la direction de la banque a éludé les questions posées. Sous la pression internationale, le Mozambique a toutefois dû accepter l’enquête d’une société privée d’audit, Kroll, payée par le gouvernement suédois. Bien qu’encore très incomplet, le rapport de Kroll jette une lumière crue sur le rôle de Credit Suisse et son modèle d’affaire.

Pour rappel: Credit Suisse (Londres) et la banque russe VTB (Londres) accordent en 2013 un crédit de 2,07 milliards de dollars au Mozambique, l’un des pays les plus pauvres de la planète. Le crédit est accordé par tranches à trois sociétés mozambicaines nouvellement créées, derrière lesquelles se cachent les services secrets et le ministère de la défense.

Officiellement, ce crédit doit permettre la constitution d’une flotte de pêche au thon et d’une flotte rapide chargée de la surveillance des futures plates-formes pétrolières et gazières offshore. L’argent est directement versé à une société franco-libanaise chargée de fournir les équipements. Les revenus générés par la pêche et la surveillance doivent permettre de rembourser cet emprunt par ailleurs garanti par l’Etat mozambicain. Mais, curieusement, l’opération est tenue secrète. Le Parlement, qui de par la loi devrait donner son aval, n’est pas consulté. Pas plus d’ailleurs que les instances internationales (FMI et Banque mondiale) et les pays donateurs qui soutiennent financièrement ce pays.

Le montage économique qui sous-tend cette opération se révèle rapidement foireux. La flotte de pêche rouille au port et les projets de prospection pétrolière restent dans les tiroirs, victimes de la chute du prix du brut. Mis au courant de cet emprunt, le FMI et les pays donateurs, dont la Suisse, suspendent leur aide. En octobre 2016, le Mozambique se déclare en incapacité de paiement.

Sous la pression internationale, le ministère public mozambicain confie à la firme Kroll un mandat d’audit, payé par la Suède. La coopération avec les autorités se révèle difficile et bute sur le mur de la «sécurité nationale». Bien qu’encore très incomplet, ce rapport permet de mettre en lumière des prix surfaits qui laissent penser qu’une partie importante de l’argent a trouvé un autre emploi, en particulier l’achat d’équipements militaires car le conflit armé entre les deux mouvements politiques antagonistes, le Frelimo et le Renamo, a repris.

Lors de la conclusion du prêt, Credit Suisse avait posé trois conditions. Les crédits devaient obtenir l’approbation de la Banque centrale du Mozambique, être vérifiés par la justice administrative du pays et annoncés au FMI. Aucune de ces conditions n’a été remplie, ce qui n’a pas empêché CS d’accorder le crédit. Le rapport pointe clairement la négligence de CS dans son devoir de diligence, en particulier face à des interlocuteurs «politiquement exposés».

Pour l’heure le FMI, insatisfait de ce rapport, n’a pas repris son aide financière. Le Mozambique, exsangue, coupe dans les budgets de la santé et de l’éducation. Et Credit Suisse persiste à ne pas mettre toutes les cartes sur la table. Un champion national bancaire qui se pare du drapeau à croix blanche tout en salissant la réputation de la Suisse.

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