Marché de l’emploi: un secteur public hypertrophié?

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Marché de l’emploi: un secteur public hypertrophié?

Si l’immigration doit être freinée, Economiesuisse veut réserver la main-d’œuvre disponible au secteur privé

Photo Nat Photo Nat (licence CC)
Implication de l’initiative «contre l’immigration de masse», Economiesuisse s’en prend à la croissance de l’emploi dans le secteur public. L’organisation patronale demande une utilisation de la main-d’œuvre indigène en priorité par les entreprises et un gel de l’embauche par l’Etat. Les données sur lesquelles elle s’appuie sont cependant fragiles.

Elle dénonce une énorme croissance des emplois publics. Ces vingt dernières années, ils ont progressé de 40% alors que le nombre total d’emplois n’a augmenté que de 18,5%. Le raisonnement est clair. Le secteur public assèche le marché du travail indigène et attire des travailleurs migrants, en particulier dans les secteurs médical et social, au détriment du secteur privé.

L’Etat dispendieux embauche donc à tout de bras de sorte que l’économie privée ne serait pas à même de trouver le personnel nécessaire? Ces affirmations statistiques en forme de coup de poing méritent de sérieuses réserves… également statistiques.

Pour Economiesuisse, l’activité étatique ou «proche de l’Etat» comporte, pour l’année 2013, un effectif de 1’036’000 unités qui se décline comme suit:

  • Administration publique: 187’000
  • Enseignement: 291’000
  • Domaine de la santé humaine: 311’000
  • Hébergement médico-social et social: 172’000
  • Action sociale sans hébergement: 75’000

L’enseignement fait largement partie du secteur public de même que les hôpitaux. Mais il est problématique de regrouper purement et simplement dans le même paquet tous les employés des secteurs de la santé et de l’action sociale, tous les soignants, tous les personnels des EMS, histoire de gonfler les effectifs occupés dans le secteur public.

Autre constatation, la progression de l’emploi varie fortement en fonction du type d’activité, qu’elle soit publique ou privée. Si une entreprise parvient à augmenter sa production en investissant dans de nouvelles techniques, elle ne recrutera pas ou peu de main d’œuvre supplémentaire. Pour faire simple, la machine, l’informatique remplacent le travail.

Prenons les chiffres de l’OFS sur les variations de l’emploi entre 2000 et 2010 dans les diverses branches économiques. En dix ans de forte croissance, le secteur des télécommunications a enregistré une diminution de l’emploi de 26,4%. Dans les activités financières et d’assurance, elles aussi prospères, l’emploi a progressé de 12,3%. Le numérique ne réalise pas partout les mêmes miracles. Les administrations publiques ont enregistré une hausse de l’emploi de 18,8% alors que les autres activités privées de services administratifs et de soutien ont progressé de 39,1%. Plus 21% d’emplois dans l’enseignement, +20,4% dans la santé humaine: l’informatique n’a pas encore remplacé les enseignants et les soignants.

Dans son bulletin de décembre 2014, le Centre de recherches conjoncturelles de l’EPFZ ne croit pas que l’augmentation des effectifs dans le secteur public et semi-public provient de l’excès de bureaucratie et provoque une baisse de productivité. C’est avant tout la croissance économique qui a accru la demande en prestations publiques.

Avec leur revendication de croissance zéro dans les écoles, les hôpitaux, les EMS, les associations économiques ont une vision bien étroite et souvent contradictoire pour répondre aux besoins de la société. Que faire des plus de 80 ans qui deviennent toujours plus nombreux? L’effectif des malades augmente en même temps que l’ensemble de la population.

Les partisans de la croissance zéro de l’emploi dans l’enseignement sont ceux-là mêmes qui déplorent le manque de personnel qualifié en Suisse. Et l’Union patronale, pourtant favorable au gel de l’emploi public, se félicite de voir les communes ouvrir des crèches pour permettre aux femmes de reprendre un emploi.

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