Salaire minimum: pour qui?

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Les salaires inférieurs à 22 francs de l’heure ne sont pas dans les secteurs dynamiques de l’économie

Délocalisations, chômage et affaiblissement de l’attrait pour l’apprentissage: les adversaires d’un salaire minimum légal ne font pas dans le détail pour combattre l’initiative de l’Union syndicale suisse (USS). En réalité, à considérer les secteurs économiques et les salariés concernés, le salaire minimum ne déstabiliserait en rien l’économie. Même si le texte, de par sa rigidité, laisse à désirer.

L’argumentaire des opposants à l’initiative populaire pour un salaire minimum relève du tir au canon contre des moineaux. A en croire les adversaires de l’USS, c’est l’ordre économique tout entier qui serait en jeu. Les conditions salariales ne sont pas l’affaire de l’Etat, mais celle des partenaires sociaux par le biais des conventions collectives, assènent-ils. Seulement, le principe ne correspond pas à la réalité. Seuls 40% des salariés du secteur privé bénéficient d’une convention collective (CCT) fixant un salaire minimum. Et dans certains secteurs, les partenaires patronaux ne sont pas organisés, ce qui exclut tout accord conventionnel.

Selon les dernières données disponibles (2010), 329’000 personnes (250’000 postes à plein temps, soit 9% des emplois) gagnent moins de 22 francs de l’heure. Ce pourcentage a légèrement diminué grâce à la nouvelle convention collective de l’hôtellerie-restauration et aux augmentations salariales annoncées dans la grande distribution (Aldi, Lidl).

Les salaires inférieurs à 4’000 francs ne se rencontrent pas dans les secteurs dynamiques de l’économie, ceux qui contribuent à l’essentiel de la plus-value. Ils dominent dans l’agriculture, le travail domestique, les services à la personne, le commerce de détail, en particulier le vêtement et la chaussure, les industries alimentaire et de l’habillement, les centres d’appel, la distribution postale privée, le nettoyage notamment.

Au cours de la campagne, les adversaires de l’initiative contre l’immigration de masse ont beaucoup insisté sur le haut niveau de qualification des immigrants et leur apport à la bonne santé de l’économie helvétique. Mais il faut également évoquer les migrants sans qualification qui permettent à des branches peu productives de subsister grâce à des salaires indécents. Des salaires qui ne permettent pas de recruter une main-d’œuvre indigène et qui constituent une sorte de subvention à ces branches, la collectivité assumant les coûts sociaux de ces travailleurs, touchés en priorité par le chômage.

Dans une récente étude, le syndicat Unia a évalué le coût d’un salaire minimum légal pour l’économie. D’ici l’entrée en vigueur de l’initiative (2018), la masse salariale devrait augmenter de 260 millions de francs par an (0,1%). Durant cette période, les recettes fiscales et les cotisations sociales supplémentaires se monteraient à 570 millions et les dépenses de l’aide sociale seraient allégées d’une centaine de millions.

On peut regretter que l’USS n’ait pas formulé son texte de manière plus souple, à l’instar de ce qui se prépare chez nos voisins allemands: des salaires minimaux fixés par les partenaires sociaux, obligatoires dans toutes les branches où les CCT ne l’imposent pas et variables selon les branches et les régions. Le Conseil fédéral et le Parlement auraient pu élaborer un contre-projet dans ce sens. Ils ont préféré ne pas entrer en matière.

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