UBS & UZH: a love story

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TranspiHG-kleinIl y a trois semaines, l’Université de Zurich (UZH) a dû rendre publique une partie du contrat qui la lie à l’UBS dans le cadre d’un sponsoring à hauteur de 100 millions. Des étudiant·e·s ont manifesté pour demander sa résiliation. Le financement de la recherche par le privé est maintenant une réalité.

Tout commence pendant les années 1990 lorsque les milieux patronaux formulent un certain nombre d’exigences avec le but d’appliquer la logique de l’économie de marché à la politique universitaire. Tout d’abord, l’Etat doit encourager une recherche fondamentale de pointe et assurer une étroite collaboration entre économie privée et universités pour favoriser une rapide application des résultats de la recherche. Ensuite, il faut des cursus de formation raccourcis au contenu orienté sur les besoins de l’économie. Enfin, le financement par le privé doit être autorisé et les taxes d’études doivent couvrir l’intégralité des frais de formation. Sous cette impulsion, les autorités – fédérales comme cantonales – s’exécutent et mettent en place toute une série de modifications législatives qui suivent sur presque tous les points l’agenda patronal.

Au menu de ces réformes: réorganisation au niveau fédéral permettant à l’Etat de mieux diriger l’espace universitaire en conditionnant l’octroi d’aides financières à la réussite d’objectifs, et accroissement de l’autonomie des universités afin de les mettre en concurrence pour l’octroi des aides fédérales.

Au niveau cantonal: faire suivre aux universités un modèle entrepreneurial par l’extension des pouvoirs du recteur et la création de conseils académiques (qui décident des options stratégiques à la manière d’un conseil d’administration d’entreprise). En parallèle, la mainmise de l’industrie sur la recherche et la formation se développe par le biais de financements de projets de recherche, études ou carrément de chaires. On compte actuellement à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) une dizaine de chaires sponsorisées par des multinationales, par exemple.

United Bandits of Switzerland

L’an passé, on a pu apprendre qu’UBS allait, à hauteur de 100 millions et par le biais de sa fondation, financer à l’UZH cinq chaires d’économie politique regroupées en un UBS Center of Economics in Society. La nouvelle choque et questionne l’indépendance de la recherche – le contrat qui lie l’UZH à UBS étant confidentiel. Mais les personnes concernées feignent l’innocence. Ainsi, Ernst Fehr (professeur de l’Institut d’économie politique qui sera chargé de diriger le centre UBS) trouve plutôt positif qu’une banque comme UBS s’intéresse à la formation et à la recherche, et assure qu’aucune mainmise de la banque sur l’institut n’est possible – seule sa fondation est impliquée, il n’y aurait aucune raison de s’inquiéter.

Seulement, suite à des démarches juridiques menées par deux journalistes, l’université a dû révéler une partie du contrat (un recours auprès du Tribunal fédéral demande la mise à nu de l’intégralité du contrat). Parmi les bénéfices pour UBS, outre un auditoire à son nom, on note – entre autres – que les chercheurs et les chercheuses lié·e·s à UBS devront chaque année rendre compte de leurs résultats à une assemblé organisée par UBS, et que l’UZH assure un siège permanent à un membre du conseil d’administration d’UBS au conseil stratégique de l’Institut d’économie politique.

La bonne centaine d’étudiant·e·s ayant manifesté énergiquement le 3 décembre dénoncent dans leur appel une tendance à la privatisation – qui verrait l’éducation, le savoir, se transformer en marchandises –, l’hypocrisie de l’université, et un don d’UBS qui ne peut être gratuit!

La privatisation du savoir, un danger pour nos sociétés!

Un étudiant à l’EPFL a vu sa publication d’un travail de recherche refusée, l’industriel ayant fourni les matériaux ne voulant pas révéler leurs composants. On pourrait très bien imaginer des contrats assurant aux entreprises le brevet des fruits de la recherche, et qui permettraient une appropriation du savoir par le privé. Or le savoir devrait être un bien acquis par les efforts de la société pour le bien de celle-ci. La propriété intellectuelle nuit d’une façon brutale à l’humanité, comme le montre par exemple la bataille menée par l’OMC contre la production de médicaments génériques contre le SIDA… qui auraient permis de sauver des millions de gens si ceux-ci ne s’étaient pas trouvés sur le chemin entre les actionnaires et leurs profits. Quand certain·e·s parlent d’un généreux don de la part d’UBS, gardons en tête que cette racaille en costard n’a qu’un but: rentabiliser ses investissements. Ne lui confions pas notre éducation!

Elia Dietler

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