Neuchâtel: Unia cède, les vendeuses et les vendeurs non!

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Déposé par AKW dans 28 mars 2013 – 00:31Pas de commentaire

L’offensive menée au niveau national pour libéraliser le secteur du commerce de détail est également complétée par des initiatives locales. Malheureusement, avec parfois la participation du syndicat!

Dans le canton de Neuchâtel est en train de se mettre en place une mobilisation qui révèle simultanément la dégénérescence du mouvement syndical helvétique, et le besoin diffus en Suisse d’un vrai syndicalisme combatif. Un syndicalisme qui tirerait sa force de l’auto-activité des travailleurs et qui mesurerait son utilité à l’aune des batailles menées sur le terrain pour défendre, sans concessions, leurs intérêts. Après la grève de La Providence, une autre mobilisation se met en route, voulue et organisée par un groupe de vendeuses et vendeurs qui, en se regroupant, ont lancé un référendum contre l’extension des horaires des commerces dans le canton de Neuchâtel.

Une CCT bidon pour les travailleurs, des avantages réels pour les patrons

L’été dernier, le syndicat Unia a signé une convention collective de travail (CCT) pour le commerce de détail neuchâtelois. Sur le fond, c’est un penchant récurrent d’Unia: la CCT devient un fétiche qui justifie d’importantes concessions faites au patronat, et ne réservant que des miettes aux employés. Dans le cas présent, la CCT prévoit un salaire minimum de 3250 francs pour le personnel sans formation dans les commerces de moins de 10 emplois à plein temps, et de 3500 francs pour le personnel formé. Dans les commerces avec un nombre de postes de travail supérieur à 10 unités, les minimums seront respectivement de 3400 et de 3850 francs. A la question de savoir si cette CCT représente une amélioration des conditions de travail, David Taillard, responsable de la vente d’Unia Neuchâtel, répond: «nous n’avons malheureusement pas accès à ce genre de données privées (sic!)» (L’Express-L’Impartial, 14 décembre 2012). Par contre, on peut bien mesurer les concessions faites: une fermeture des commerces passant de 18h30 à 19h en semaine et de 17h à 18h le samedi, la suppression du demi-jour de fermeture obligatoire par semaine et un dimanche d’ouverture par année. C’est peu? C’est déjà trop… et ce n’est qu’un début! Sandrine Rousseil, membre de la direction de la Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie, est claire à ce sujet: «cette loi est acceptable dans un premier temps. (…) Il est possible que nous nous remettions autour d’une table dans quatre ans, au moment de renégocier la CCT. Surtout pour les ouvertures du dimanche» (idem). Le message est clair: si dans 4 ans vous voulez encore cette CCT, vous nous donnerez aussi les dimanches chère Unia!

Le fond de l’affaire

Lorsqu’un syndicat n’existe pas sur les lieux de travail, qu’il n’a pas de liens avec les travailleurs, qu’il n’a pas une politique combative comme moteur de sa construction, il cherche à légitimer son existence par la signature d’une CCT. Cependant, dans cette configuration, il manque au syndicat un élément fondamental: la capacité de disposer d’un rapport de force permettant de vendre collectivement au meilleur prix la force de travail. Aujourd’hui, pratiquement n’importe quelle vendeuse ou vendeur sait parfaitement que le syndicat Unia n’a pas la force pour obtenir des améliorations réelles des conditions de salaire et de travail. C’est pourquoi elles et ils demandent surtout de ne pas lâcher sur le temps de travail. Le groupe de vendeuses et vendeurs de Neuchâtel qui lutte contre l’extension des horaires l’expliquent très clairement: «Unia Neuchâtel a choisi, malgré le peu de force que la section a sur le terrain, d’établir une CCT. Une CCT sans nombre suffisant de membres vous oblige à lâcher sur des thèmes essentiels comme le temps. Le temps a infiniment plus de valeur que le contenu de la CCT de la vente neuchâteloise» (L’Evénement syndical, 20 mars 2013). En effet, les prétendues «améliorations salariales» ne concerneront qu’un nombre très restreint de travailleurs – la plupart des commerces de détail appliquent déjà ces minimums salariaux! – tandis que l’extension de l’horaire de travail frappera tout le monde. Le choix d’Unia Neuchâtel est d’autant plus critiquable que rarement une bataille syndicale a rencontré un soutien social aussi important que l’opposition à la libéralisation des horaires des commerces. Depuis 2006, les cantons ont voté 12 fois sur ce sujet. A 11 reprises, les votants ont refusé les projets de libéralisation. En 2009, les votants neuchâtelois ont repoussé massivement une proposition patronale de déréglementation des horaires. Pour faire avaler la pilule, il a fallu Unia et les soi-disant «partis de gauche»…

L’opposition vient d’en bas

Les calculs des patrons et des directions syndicales risquent, cependant, de subir un coup d’arrêt grâce à l’opposition active menée par ce groupe de vendeuses et vendeurs. Cette mobilisation est très importante. Elle montre que même en Suisse, des secteurs du salariat, certes ultraminoritaires, sont prêts à lutter pour défendre leurs conditions de travail alors que leur syndicat, censé les défendre, les abandonnent. Ces travailleurs font ainsi l’expérience de la lutte par le biais de leur auto-activité, en agissant de manière collective. Au lieu d’accepter passivement les attaques dont ils font l’objet, ils ont décidé de réagir. C’est par ce genre d’expériences et d’actions qu’il est possible d’entrevoir les éléments constitutifs d’un bloc social actif, exprimant une logique de rupture par rapport aux pratiques et orientations syndicales de la paix du travail et de la subordination à la gestion des intérêts bourgeois. Bref, ces batailles constituent le point de départ incontournable à partir duquel peut et doit se construire le «nouveau mouvement ouvrier». Pour lui donner une chance d’exister un jour, il est nécessaire de populariser la bataille menée par ces salariés neuchâtelois. Et, bien sûr, de les aider dans la récolte de signatures.

Signez le référendum en téléchargeant la feuille référendaire sur ce site: http://www.lrocn.sitew.ch

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