Oscar Niemeyer, architecte et star du Brésil

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Magicien des courbes et grand amateur de ballon rond, le doyen des architectes Oscar Niemeyer aura donc joué les prolongations jusqu’à 104 ans avant de tirer sa révérence mercredi à Rio de Janeiro, ville où il naquit dans les beaux quartiers de Laranjeiras, le 15 décembre 1907 ! Il allait fêter dans une dizaine de jours ses 105 ans. Niemeyer “est décédé à 21 h 50″, heure locale, a déclaré la porte-parole de l’hôpital Samaritano de Rio où l’architecte était hospitalisé depuis plus d’un mois. Un communiqué postérieur de l’hôpital a précisé qu’il “est mort à 21 h 55 ; il a présenté une aggravation de son infection respiratoire qui a provoqué son décès”.

Dilma Rousseff a aussitôt déploré la perte d’un des génies du Brésil, le qualifiant également de “révolutionnaire” qui a toujours “rêvé d’une société plus égalitaire”. “Le Brésil a perdu l’un de ses génies et c’est un jour pour pleurer”, a souligné la présidente brésilienne dans une note diffusée sur le blog officiel de la présidence. Elle a indiqué que la veillée mortuaire serait organisée à Brasília jeudi après-midi dans le palais du Planalto, siège du gouvernement fédéral, un bâtiment construit par Niemeyer. La famille a été contactée à Rio et a accepté, selon la présidence. Le corps sera ensuite rapatrié à Rio pour les obsèques vendredi.

Visionnaire

New York, Berlin, Los Angeles, Brasília, São Paulo, Milan, Paris, Le Havre, Haifa, Tripoli, Alger, Ravello… Il serait fastidieux de dresser la liste complète des villes où l’homme de Rio a tordu le béton pendant 70 ans, où le génial étudiant des Beaux-Arts a laissé son empreinte dans des bâtiments toujours célébrés pour leurs lignes avant-gardistes et révolutionnaires. La marque de fabrique d’Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares, né de père allemand et de mère italienne ? “Ce n’est pas l’angle droit qui m’attire, ni la ligne droite inflexible créée par l’homme, mais la courbe libre et sensuelle que je trouve dans les montagnes de mon pays”, déclarait le dernier géant de l’architecture moderne, haut de 1,60 m… Qui, le long de l’avenue Atlantica, dans son loft-atelier de Copacabana aux grandes baies vitrées dominant la baie de Rio, dessinait toujours et encore ses fameuses courbes architecturales trouvant aussi leur inspiration du côté “des vagues et du corps de la femme brésilienne”.

Couronnée en 1988 du prix Pritzker, le “Nobel des architectes”, la prolifique carrière de “Monsieur Oscar” (plus de 600 projets) reste surtout associée à l’édification de Brasília : visionnaire projet de nouvelle capitale administrative du Brésil voulue par le président Juscelino Kubitschek. Un rêve moderniste des sixties conçu à 36 ans avec l’urbaniste en chef Lucio Costa. On s’étonne toujours, un demi-siècle plus tard, devant l’audace de la cathédrale Notre-Dame d’Aparecida, construite en sous-sol, dont la couronne d’épines jaillit vers le ciel dans un ballet d’angelots. “Tu sais, Oscar, tu es assez bon pour le baroque”, lui avait dit Le Corbusier, un de ses maîtres, avec lequel il réalisa le siège new-yorkais des Nations unies en 1952. On écarquille les yeux devant les colonnes blanches ouvertes en demi-cercle soutenant le palais présidentiel d’Alvorada, au vu des tours jumelles en H (comme Humanité) du bâtiment du Congrès national…

Dieu vivant

Mais l’arrivée au pouvoir d’une dictature militaire pousse l’homme de Rio à s’exiler en France (1965-1982). Fervent communiste, Niemeyer signera ainsi dans l’Hexagone le siège parisien du PCF, place du Colonel-Fabien (1965), le centre culturel Le volcan, au Havre (1972), la bourse du travail à Bobigny (1972), le siège de L’Humanité à Saint-Denis (1987). Retourné au Brésil, ce pater familias, qui avait récemment épousé son assistante sexagénaire, a poursuivi sa production architecturale futuriste rétive à la contrainte de l’angle droit.

À l’image du musée d’art contemporain de Niterói (1991-1996), véritable soucoupe volante posée face au Pain de sucre de Rio. C’est ici que les aficionados peuvent depuis peu arpenter “le chemin Niemeyer” : un complexe architectural serpentant sur 3,5 km en bord de mer, qui expose sept oeuvres du maître (musée, églises, théâtre populaire, terminal de ferry…). À moins qu’ils ne préfèrent rendre hommage à la disparition de ce dieu vivant du Brésil en allant danser sur le sambodrome de Rio, conçu par “Monsieur Oscar”.

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