Le capitalisme en crise

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Il faut soigner un système malade… dont on ne saurait se passer

Jean-Pierre Ghelfi
2 février 2012
Une anecdote pour débuter. C’était à Neuchâtel, il y a une bonne vingtaine d’années, à l’occasion d’une assemblée des délégués du syndicat FTMH avec comme guest star Klaus Schwab, fondateur du World Economic Forum. Son propos était d’informer des syndicalistes sur les perspectives de l’économie.

Tant d’eau a coulé sous les ponts depuis lors que je ne me souviens pas vraiment des considérations émises. Sinon cette affirmation péremptoire qui m’avait d’emblée un peu choqué (et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je m’en souviens). En gros K. Schwab avait dit que la croissance future de l’économie était assurée car «nous» savons maintenant de quelle manière la politique économique doit être conduite pour éviter de nouvelle crise. «C’est un peu compliqué à expliquer – il s’adressait à des syndicalistes! – mais vous pouvez me croire: il n’y aura plus de crise».

Inutile d’insister sur la vanité du propos. Notre monde a connu depuis lors quelques crises d’importance, dont la dernière a des effets si profonds et durables que le quotidien britannique Financial Times, a sollicité une trentaine d’auteurs, au cours du mois dernier, pour s’exprimer sur la crise du capitalisme (contributions qui ne sont pas en libre accès).

Il est vraisemblable, c’est une hypothèse, que Klaus Schwab, à Neuchâtel, faisait référence aux théories de l’offre et surtout aux (pseudo-)capacités auto-régulatrices de l’économie de marché. Le discours d’alors était celui de la déréglementation et de la libération des «forces du marché» qui nous assureraient une croissance économique continue. Aux gouvernements et aux banques centrales d’assurer le fine tuning pour que tout aille bien, et même mieux qu’auparavant. Le marché s’occuperait du reste. En Suisse, on se souvient probablement que ces théories étaient portées, entre autres, par David de Pury et ses divers «livres blancs».

Toujours prompt à saisir l’air du temps, Klaus Schwab n’hésite pas maintenant à déclarer que le capitalisme d’aujourd’hui ne passe plus.

On pourrait dire, bien sûr, qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Mais tout de même! Au cours de ces vingt dernières années – celles qui précèdent la crise financière de 2007-2008 –, le forum de Davos a été celui des «global players» qui n’ont eu de cesse de distiller les mérites infinis du marché, de la mondialisation et de la finance, dans un contexte de néolibéralisme autorégulateur. D’ailleurs, le Financial Times, qui finit par se poser des questions pertinentes sur le fonctionnement du capitalisme, a aussi été un partisan et un propagandiste émérite de la déréglementation et de l’autorégulation des marchés durant ces deux dernières décennies.

Que nous montre un bilan, tout rapide et sommaire qu’il soit, des soixante dernières années? En gros, les politiques économiques et sociales, européennes et anglo-saxonnes, ont comporté, durant les trois premières décennies, une bonne dose de propositions réformistes, progressistes, social-démocrates (la terminologie varie selon les pays). Il y a eu des périodes de surchauffe et d’inflation, mais surtout des progressions régulières et significatives du pouvoir d’achat des salariés. Les inégalités salariales ont aussi plutôt reculé, même si ce ne fut pas dans des proportions spectaculaires. Le rôle de l’Etat n’était pas non plus fondamentalement remis en cause, quoique les divergences étaient grandes quant à la manière de l’exercer.

Et le bilan des trois dernières décennies, inaugurées par les conservateurs Thatcher et Reagan, la théorie économique de l’offre, les réductions d’impôts pour les plus aisés, le néolibéralisme? Aussi bien Klaus Schwab que la plupart des contributeurs du Financial Times ne pipent plus mot sur ces thèmes. Très peu de considérations en particulier sur le lien entre néolibéralisme et endettement des Etats, entre déréglementation, creusement des inégalités sociales et hausse du chômage; autant de souffrances que cette idéologie a infligées à un nombre élevé et croissant de ménages.

La seule mention qui fasse à peu près l’unanimité est celle des rémunérations extravagantes dans le milieu financier en particulier. Mais c’est souvent pour ajouter qu’on ne voit pas très bien quels moyens et mesures pourraient être miss en place pour mettre fin à de tels excès.

En forçant à peine le trait, et en dépit de multiples critiques, souvent pertinentes, et de propositions intéressantes, le cadre général n’est pas vraiment remis en cause. Car, devinez, il faut corriger les quelques défauts d’un capitalisme dont on ne saurait se passer! Les 99% ont encore bien du pain sur la planche avant d’être entendus.

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